Colloque VIITTEF 2016 - Accueil

 

Colloque international


Sortir de la confusion des savoirs et des valeurs par la différenciation des domaines du symbolique et des textes ;
Enjeux pour l’enseignement, l’éducation, et la formation


Les 19, 20 et 21 mai 2016 à l’ESPE de l’Académie de Rouen
 
 
 
Colloque organisé par le groupe de recherche VIITTEF (Valeurs, Idées, Identités, Textes, Textualités, en Education et en Formation) du laboratoire CIVIIC et des laboratoires ERIAC et DYSOLA de l’université de Rouen, en partenariat avec l’ESPE de l’Académie de Rouen, l’UFR SHS et l'IRIHS. 
 
Direction scientifique : Marie-Louise Martinez, Professeure des universités, sciences de l’éducation, laboratoire CIVIIC, université de Rouen  
 
 
 

Problématique et objectifs :


Que se passe-t-il quand les domaines sont confondus, quand le techno-économico-financier  impose ses règles et ses valeurs à l’éthique, au politique, aux disciplines académiques ? Quelles conséquences quand le religieux impose ses catégories (blasphème, salut, jihad, etc.) aux pratiques artistiques, journalistiques, qu’il se confond avec le juridique, l’éthique, le politique ? Quelles dérives quand la spécificité du texte philosophique, de l’éthique, voire du politique est noyée dans une rationalité techno-scientifique ? Il est urgent d’affronter les difficultés présentées par cette indifférenciation des domaines et des valeurs dans la culture et l’éducation.


Bien des débats sur la transmission à l’école et à l’université aujourd’hui tournent en rond faute de poser la question de la diversité et de la place, à la fois autonome et relative, des domaines symboliques et textuels de la culture. Ils oscillent entre attitudes utilitaristes qui effacent les connaissances aux dépens des compétences et nostalgiques ou conservatrices de hiérarchies instituées entre les disciplines académiques. Il est temps de questionner les composantes symboliques de la culture et de l’esprit dans leur différentiel épistémique et culturel, de repérer leur place respective et réciproque (confusion, hétérogénéité ou complémentarité), d’interroger leur importance pour l’éducation, l’enseignement et la formation. Les conditions de possibilités non seulement de l’enseignement mais de l’éducation et de la formation ne sont-elles pas la transmission et l’interprétation appropriative de domaines textuels, disciplinaires et symboliques, divers et différenciés qui peuvent se croiser selon certaines règles sans se confondre ni s’évacuer (arts, langues, sciences, philosophie, droit, politique, etc.). Parce qu’ils appartiennent au symbolique, ils permettent à la fois l’instruction et l’éducation (individuation, subjectivation, personnalisation, socialisation et humanisation), mais aussi la co-construction d’identités personnelles, épistémiques et professionnelles, spécifiques et relationnelles, dans et par les échanges langagiers, discursifs et textuels, ils sont porteurs d’un ensemble diversifié mais non relativiste de valeurs. 

La réflexion s’engage à partir du constat de certaines formes d’indifférenciation, d’amalgame, voire d’effacement des savoirs portés par certaines disciplines derrière une sorte de langage monovalent, marchand et hyper-libéral, non vu comme tel. Cette diversité des domaines du symbolique, comme patrimoines structurants de l’humanité et de l’humanisation, semble menacée, dans la société et même dans les références et les pratiques éducatives actuelles (Instructions officielles, textes administratifs, manuels, ou encore scientifiques, etc.). 
Devant cette tendance à l’évacuation de catégories du symbolique et des textes, cet écrasement des ordres de valeurs, la réflexion s’attache à repérer, déconstruire, cette indifférenciation, cette confusion.  Elle  veille à déceler les effets d’indistinction entre les domaines textuels de la culture, les « erreurs catégorielles » qui confondent les « jeux de langage » et les « formes de vie » (Wittgenstein, 1957). Elle questionne l’actuel modèle de « l’économie de la connaissance » et demande en quoi et comment celui-ci favorise l’amalgame. Un premier ouvrage a été produit sur ces problématiques, dans la collection Penser les valeurs en éducation et en formation aux PURH : Les valeurs éducatives au risque du néolibéralisme sous la direction de Michel Fabre & Christiane Gohier (2015) avec des contributions d’Alain Trouvé et Marie-Louise Martinez, et d’autres membres du CIVIIC.

La réflexion se propose, en lien avec le tournant textuel en philosophie et sciences du langage et de la communication, en sciences humaines et sociales, de questionner les notions et les entités que sont, au-delà des discours, les textualités et les domaines textuels, les systèmes symboliques, les ordres de la culture dans leurs conditions et leurs effets. Après les impasses du structuralisme et d’une compréhension très (trop ?) différenciatrice des systèmes symboliques, considérés dans une altérité incommunicationnelle ou segmentés, il semble que l’unité autour d’un « objet des sciences humaines (…) conforme au paradigme du texte » (Ricœur, 1986, 1990) que divers anthropologues, philosophes, sémanticiens, sociologues, appellent de leur vœu depuis longtemps, soit aujourd’hui un peu mieux repérable et réalisable. Il semble désormais possible, autour de la relecture de la philosophie des formes symboliques d’Ernst Cassirer (entre 1923 et 1945), et surtout de l’appui décisif d’une philosophie du texte initiée par Francis Jacques (2002, 2007, 2013), de faire la jonction avec l’anthropologie du symbolique (issue de Durkheim et Mauss et mise en lumière par Camille Tarot, 1999, 2008) et la sémiologie des textes (François Rastier).

La recherche VIITTEF a des objectifs scientifiques et spéculatifs fondamentaux, mais aussi de recherche appliquée, pédagogique et didactique, pour la formation des enseignants du supérieur et du second degré, des bibliothécaires et la conception informatique des moteurs de recherche. 

Elle articule trois axes principaux : 

Un 1er axe plus institutionnel et historique. Comment les politiques publiques qui ont affecté les institutions du second degré, mais particulièrement l’enseignement supérieur ces dernières années, ont elles transformé les pratiques, les relations et les identités des enseignants, des chercheurs, des élèves et des étudiants, autour des mutations imposées par l’économie et la dite « société de la connaissance ».

Un 2ème axe plus épistémologique, théorique et méthodologique consacré à rendre perceptible et accessible l'importance d'un paradigme du texte et de la textualité, au carrefour de l’anthropologie du symbolique, de la philosophie du langage et de la culture, de la sémantique. Par leurs rapprochements depuis la moitié du XXème siècle, divers travaux contribuent aujourd’hui à unifier une conception de la connaissance et même « de l’action sensée comme texte » (Ricœur, 1986. Du texte à l’action. Seuil. p. 9). L’approche textuelle de la culture comme un ensemble de « domaines et catégories symboliques » (Durkheim et Mauss), de « systèmes symboliques » (Cassirer), de « jeux de langage » (Wittgenstein) ou « textes et textualités » (Jacques). Il parait désormais possible sur le plan méthodologique d’observer la co-construction interlocutive et textuelle des savoirs, des valeurs et des identités personnelles, épistémiques, sociales, professionnelles, selon les situations, les genres et les domaines textuels et symboliques. 

Enfin, un 3ème axe est plus tourné vers les praxis qui favorisent l’émergence des sujets, à travers les dimensions praxéologiques et pédagogiques. Sont observées les pratiques didactiques de la transmission des savoirs dans leurs aspects disciplinaires et transversaux. Dans une approche pluridisciplinaire (anthropologique, épistémologique et didactique), la recherche vise l’étude des écrits officiels des préconisations internationales et nationales, leurs effets sur les textes des savoirs et leurs répercussions sur les textes mis à disposition en situation scolaire. A terme, les travaux déboucheront sur des préconisations praxéologiques et didactiques. 

Ce premier colloque en mai 2016 a pour objectif principal la rencontre entre l’équipe de recherche organisatrice et les participants pour tendre vers la constitution d’une équipe de recherche nationale et internationale. Les trois grandes directions de la recherche donneront lieu à 4 ateliers simultanés, axe 1 (atelier 1), axe 2 (atelier 2 et 3), axe 3 (atelier 4).




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